TEMPS UN  : LES ORIGINES

Londres ? (…)
Est-ce là où tout a commencé ? (…)
J’ai détesté que Maman m’arrache à mon monde idéal.

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Nous étions l’élite intellectuelle de demain. (…)
Jouer au foot aurait gâché un potentiel.

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J’ai commencé à boire comme tout le monde
mais j’ignorais que mes cellules n’étaient pas celles de tout le monde.

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César me tend la vodka. Je suis nerveux. Pas le temps de réfléchir. Pas le temps de me demander si j’aimerai ça. On me prendrait pour une burne. Je n’hésite pas une seconde de plus. Je prends une grande gorgée. J’avale. (…) Le lendemain, sobre à nouveau, l’euphorie redescendait. (…) Rien à voir avec ma vie rêvée. Personne ne m’enlèvera l’alcool !

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Et si on avait bu seulement du jus d’orange ?

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Avant, chez nous, chez moi, les couleurs étaient pétantes, tout brillait. Et là, comme si j’avais définitivement enfilé des lunettes à vision nocturne, tout était monochrome, couleur de cendre. La lumière s’était éteinte.

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Marseille fut un no man’s land pour moi. Marseille fut une descente aux enfers. (…) Oubliant de manger, de me doucher, j’avais d’autres priorités. Boire.

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Vraiment ?! Un vol de cinq heures dans cette carcasse grignotée par la rouille qui tombe en lambeaux ? Nous étions serrés comme des sardines. C’était sûr, quelque chose allait nous arriver…

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Je me traîne, je me pousse, déboussolé. Il me colle au train. Je suis un animal traqué. Je tourne à gauche. Je tourne à droite. Je suis sa proie. Il ne la laissera pas s’évader. Mes choix n’ont aucun sens. Tout est irrationnel. Ses pas lourds frappent brutalement le bitume, le sol vibre sous ses enjambées. Il se rapproche !

TEMPS DEUX : L’AMBIVALENCE

Même si mes amis et ma famille sont mon piolet, mon harnais, même si j’accepte des mains prête à sécher mes larmes et d’être serré par des bras aimants, même si je devine que la sobriété est le sommet, suis-je capable de renoncer aux vertus miraculeuses de l’alcool ?

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Putain, je connais cette voix !
Putain, je reconnais cette voix !
Une vague de frissons glacés parcourt mon corps. Cette voix habite ma tête depuis toujours.
Elle me harcèle. 
Cette voix, c’est celle de mes peurs.

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Je suis en nage, (…) je n’ai pas la puissance pour lutter contre cette démone. (…)  Je préfère boire que devoir me confronter à ça !

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J’ai besoin de mes visiteurs (…) Je n’y arriverai pas sans eux. Je tombe à genoux dans l’herbe, accroché à mon banc vide. “– Hey, revenez !”

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Un Papa comme je ne l’ai jamais vu, ni même jamais imaginé. Un Papa à l’allure zen, cool, décontractée. J’ignore par quel miracle il est devant moi à cet instant. Je ne l’avais pas vu depuis cinq ans.

TEMPS TROIS : LA VEROOM

Ensemble (Baptiste et Judith), nous sortons de la loge. Je l’accompagne dans les coulisses à la frontière de l’obscur et de la lumière. Je le regarde de dos avancer vers les murmures de la salle. Je veux le voir franchir ce dernier pas vers le public, vers son destin.

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Dire lui a fait mal. Il a accepté ses souffrances et s’en est libéré. Ce livre, ce sont ses tripes. Les miennes aussi maintenant.

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Il lui sera éternellement reconnaissant de n’avoir pas baissé les bras, de ne pas avoir été abandonné. Depuis cette invitation, jour après jour, il s’est rapproché d’elle. Sobre, il mesure qu’elle lui est unique et précieuse. Sobre, il crée enfin une relation avec sa mère. Elle est là, à côté de lui.

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Avant la sobriété, tout était éclaté dans sa vie, tout était dans tous les sens. Avec la sobriété, la LittéroThérapie, l’écriture et aussi nos échanges, dit-il, il rentre dans l’ordre, rentre dans la compréhension du sens. Il restructure, voit et comprend les interactions et les interrelations entre les choses, les gens, les sentiments, les actes… Je suis tellement heureuse de lui avoir transmis tout ce bagage enfoui en moi.